LEERS HISTORIQUE

Le 29 avril 1944 : Crash du B17 « Cawn‘t Miss »


L'avion abattu dans le parc

L’appareil :

B-17 Fortress – type G-1-BO-s/n 42-3116 IW-O Triangle S « Cawn’t Miss » (22,6 m de long ; 5,8 m de diamètre ; 4 moteurs de 1200 cv)

Affectation :

Escadrille 614 du 401° Group de Bombardement, formation de 36 bombardiers

L’équipement :

6 bombes de 500 livres de démolition + 6 bombes de 500 livres incendiaires

La mission :

Bombarder les quartiers généraux de la Luftwaffe à Berlin (18ième raid)

L’équipage :

10 hommes : 1 pilote & 1 copilote , 4 mitrailleurs : À,D,G,V, 1 radio , 1 navigateur , 1 bombardier, 1 mécanicien


L'action :

À 7 heures traversée de la manche, à 8 heures 30 Hanovre est aperçu. Un tir de la flak touche le moteur 2 ; J.H. Singleton pilote vétéran sait s’en passer.

Après avoir lancé les 3.000 livres de bombes incendiaires, c’est la descente pour rejoindre le groupe du Triangle J. le Crawn’t Miss poursuit sa route avec 3 moteurs.Mais 30 minutes après avoir fait demi-tour, les mitrailleurs allemands font « mouche »cette fois-ci c’est le moteur n°1. Les fusées sont larguées ;5 avions de chasse viennent escorter le b17, très peu de temps : une turbulence très forte fait perdre le contact.

Avec seulement deux moteurs, la vitesse est réduite à 125 miles/heure, le b17 ne peut suivre le rythme de l’escadrille. À 10 heures, au-dessus de Bruxelles, l’avion essuie les tirs anti-aériens des 400 emplacements disposés autour de Bruxelles, le pilote doit faire ½ tour, emprunter la vallée de la Rhur.La vitesse est alors de 115 miles/h. Les aviateurs se débarrassent de tout l’équipement amovible pour remonter.

Ils sont attaqués une seconde fois par 5 Flocké Wulf 190, plus en dessous un Messerschmitt 109 qui mitraille le ventre de l’appareil. Ils passent deux fois, tous les appareils de contrôle sont hors d’usage. Le bombardier, les deux mitrailleurs du milieu, le mitrailleur du bas et l’opérateur-radio sont tués ; les survivants attendent l’ordre de sauter pour ouvrir la porte de la baie des bombes.

Il est 13 heures quand les leersois voient apparaitre dans la direction de Toufflers-Roubaix un lourd bombardier perdant de plus en plus d’altitude, poursuivi par 7 Messerschmitt qui mitraillent le bombardier agonisant. Après quelques cabrioles au-dessus du quartier de la Mottelette, par un effet quasi miraculeux, il s’abat sur la pelouse du vaste jardin de Monsieur Anatole Desmet.

Monsieur Aimé Verfaille jardinier à « la grande maison », (le Château Desmet) voit le bombardier venant d’ Ascq prêt à s’écraser dans le parc, il se réfugie dans la cuisine ; un grand bruit vite étouffé et le mastodonte se plante dans la pelouse. Monsieur Anatole Desmet entre dans la carcasse fumante pour sortir quelques-uns des hommes d’équipage, seul un aviateur vit encore. Malheureusement les Allemands arrivent quelques minutes plus tard et repoussent les personnes accourues. Même le docteur Lecouffe n’a pas l’autorisation de soigner le seul blessé ; ce dernier reçoit le ministère du vicaire de la paroisse, l’abbé Decottignies. C’est finalement cinq morts qui sont alignés sur la pelouse et recouverts de draps blancs. Les allemands les chargent plus tard sur un camion au milieu d’autres objets et débris provenant de l’appareil.

Mr Arthur Desmet, frère d’Anatole constate que les soldats allemands n’appartenant pas aux troupes politiques saluent les dépouilles tandis que les autres ne montrent que du mépris. Monsieur Céran Lamblain se souvient que le maire Emile Duez, malgré son insistance pour garder les corps en vue d’une inhumation à Leers s’est vu opposer un refus formel.


Les aviateurs décédés

  • BRACKMAN Solomon William (mit.d)
  • BROTZMAN Reed Lee (mit.g)
  • LEE Warren Allen (mit.v)
  • VISTEJN Joseph John jr (radio)
  • ARNDT Gleen Albert (bomb. Mit a)

Les allemands recherchent intensément les parachutistes ayant atterri dans les environs et hébergés par les leersois. :

BARSUK Clarence Stephen (copilote)

Il tombe dans la cour de Mr CAILLEAU Albert qui lui fait signe d’aller chez le voisin : Mr Dieudonné DESLEE 22 rangée Derache.Il reçoit des vêtements civils et est envoyé vers Néchin, l’abbé Delfosse étant chef de groupe de l’armée secrète belge .Mais il se dirige vers Forêt-sur- Marque, voyage en Belgique, revient en France jusqu’à Paris où il reste jusqu’à la libération. En Angleterre en Août 44, il reprend un avion, abattu au-dessus de Stettin, il passe le reste de la guerre dans un camp de prisonniers.(décédé en 1991).

MUSE William Rowe (mec/m)

Atterri dans l’angle du jardin de Fernand TRICOIT 29 rue de Néchin & de Madeleine ROTHIER 41 rue de Néchin rangée de Lestoquoi. Il est à 100 mètres de Singleton et il le retrouvera très vite sur son parcours (décédé en 1973).

LEVEY James Gérard (nav)

Il touche le sol dans un champ (où il se blesse à la cheville) entre la rue de la Marne et Gibraltar droite.Il reste à Leers-Nord jusqu’au 8 mai, dans un lieu d’hébergement, puis il est caché à Templeuve en attendant d’être pris en charge pour aller vers Bruxelles (décédé en 2011)

BLAIR Harry James jr (mit.A)

Monsieur Anceau conduit Blair chez Pontzelle rue Ingres à Roubaix, il y vit sa première semaine……….Le 8 août la gendarmerie de Toufflers le fait passer en Belgique, pour Bruxelles à « la Maison Forestière ». De là aux quartiers généraux des services secrets de la Luftwaffe. Là il rencontre : Singleton,Levey et Muse. Le 2 septembre, on les met dans un wagon mais le train est saboté, il doit s’arrêter .Le dimanche 3 à 13 heures, Levy, Muse et Lynch s’évadent du train (Décédé en 2008).

SINGLETON John H (pilote)

C’est au 5 rue des Patriotes, chez Mademoiselle Eugénie Grison qu’il touche le sol de Leers. Un certain Albert, membre de l’Armée Blanche l’a recueilli et le conduit chez sa mère pour recevoir des vêtements civils, ensuite chez lui à Leers-Nord. Un autre homme conduit Singleton dans l’église de Néchin où il est interrogé en présence d’un policier de Templeuve qui l’emmène chez Van Herde où il retrouve MUSE. Hébergés en différents endroits en attendant des papiers d’identité, rencontrent même BLAIR qui est à Roubaix, puis regroupés avec 3 autres militaires dont le lieutenant LEVEY, ils se retrouvent à Bruxelles devant 2 allemands armés qui les conduisent aux quartiers généraux des renseignements Luftwaffe. Le 2 septembre Singleton, Levey, Blair et Muse sont mis dans un train qui ne part pas……..le 3 Levey et Muse sautent du train, un peu plus tard Singleton et Blair s’évadent également. Ils se dirigent vers le centre de Bruxelles. Le capitaine Dunn donne des ordres et ils sont transportés vers la Grande-Bretagne. Ils arrivent le 9/9 par avion (Décédé en 2013)


Origine de «CAWN’T MISS IT»

Du livre : Belle of the Brawl : Letters home from a B17 Bombardier. Garry A Best (page 116 )

Les soldats racontaient qu’en Irlande (ils parlent aussi d’Écosse et d’Angleterre) leur accent étrange les faisaient rire et que souvent quand ils donnaient une direction aux américains ils mettaient du temps à tout expliquer, et terminaient leur explication par : «you cawn’t miss it» = you can’t miss it prononcé avec l’accent britanique, irlandais ou écossais apparemment.

C’est devenu une « blague »qui a été reprise pour les noms de 2 B17 : 1 de la 94ième bomb group et 1 de la 389ièmebomb group ; ainsi qu’à 2 B24.

 

Qui a aidé les cinq parachutistes américains de l'avion abattu à Leers le 29 avril 1944 ?

Ce document provient d'un ancien aviateur américain hébergé à Templeuve (B) en 1944. On peut y reconnaître quelques aviateurs aidés par des résistants de la région (dont ils portent encore les vêtements donnés), à leur retour en Grande-Bretagne début septembre 1944. Les 5e, 6e, 7° et 8e hommes appartiennent à l'équipage du bombardier américain tombé à Leers (F) le 29 avril 1944.

Dans le cadre d'une recherche historique recensant tous les appareils volants tombés dans la région frontalière et en Hainaut occidental durant les deux dernières guerres, ainsi que les aides apportées aux aviateurs alliés par les gens de ces régions, Dominique Vandenbroucke, a durant trois années, recherché tous les documents conservés dans les différents centres d'archives des pays concernés par la perte d'appareils et hommes d'équipage.

De plus, il a pu, à ce jour, interviewer plus d'une cinquantaine d'anciens aviateurs et une vingtaine de familles d'aviateurs concernées par l'histoire de ces régions. Ce travail aboutira à la publication de plusieurs livres de tous pays confrontés à la dure réalité de l'occupation allemande en nos régions.

L'une de ces recherches racontera, par le détail, l'odyssée de trois avions américains abattus respectivement à Néchin le 9/10/42, à Evregnies le 4/3/44, et à Leers le 29/4/44. Pour ces trois appareils, Dominique Vandenbroucke a pu retrouver et interviewer tous les anciens aviateurs qui les occupaient à l'époque, ainsi que plusieurs familles des hommes tués lors des crashs. Tous ces gens lui contèrent des récits émouvants, palpitants et inédits pour l'histoire de nos régions. En voici un extrait qui se déroule dans l'avion en difficulté au-dessus de Leers le samedi 29 avril 44.L'une de ces recherches racontera, par le détail, l'odyssée de trois avions américains abattus respectivement à Néchin le 9/10/42, à Evregnies le 4/3/44, et à Leers le 29/4/44. Pour ces trois appareils, Dominique Vandenbroucke a pu retrouver et interviewer tous les anciens aviateurs qui les occupaient à l'époque, ainsi que plusieurs familles des hommes tués lors des crashs. Tous ces gens lui contèrent des récits émouvants, palpitants et inédits pour l'histoire de nos régions. En voici un extrait qui se déroule dans l'avion en difficulté au-dessus de Leers le samedi 29 avril 44.

« Je m'étais dirigé vers le compartiment du pilote et, à ce moment-là, 5 avions de chasse allemands sont arrivés sur nous de la direction « 3 heures » ; en dessous, un autre allemand tiraillait. Ils ont passé 2 fois et tous les appareils de contrôle étaient hors d'usage, l'avion était en feu. Cinq de nos hommes étaient tués, il était temps de sauter et, dès que l'ordre fut donné, nous avons ouvert la baie des bombes et avons sauté. J'ai tiré sur la corde et le choc du parachute qui s'ouvrait a fait balancer mon corps comme un pendule. Lorsque je suis arrivé à terre, je ne réalisais pas encore que la partie réelle de mon aventure venait seulement de commencer. Nous avions été abattus près de la ville française de Lille, à quelques miles de la frontière belge. Chaque homme, chaque femme et enfant du voisinage ont pu voir le combat du sol. J'étais à peine débarrassé de mon parachute... ».

Ces 5 parachutistes furent aidés par des gens que Dominique Vandenbroucke voudrait retrouver, afin qu'ils lui racontent les faits qu'ils vécurent en compagnie des Américains de ce 29 avril 1944. Le livre est prévu pour cette fin 89.