LEERS HISTORIQUE

Le Canal de Roubaix

 

 

Dès 1813, les industriels roubaisiens réclament que soit établie une liaison directe entre le bassin minier et les ports de la Mer du Nord d'où partaient et arrivaient les chargements de laine et de produits manufacturés.

Ainsi fut conçu un projet de construction d'un canal qui relierait la Deûle à l'Escaut par la Marque.

En 1831 le percement d'un canal allant de Lille à Croix fut entrepris, puis en 1843 de Roubaix à la frontière belge.

Il faut attendre 1877 pour que la péniche « la Décidée » puisse faire la jonction entre les deux cours d'eau. Cette voie d'eau contribua à l'essor et au développement économique de la région notamment du textile et de la chimie.

Dans les années 1973 à 1976, il fut projeté de construire sur l'emplacement du canal, un canal à grand gabarit. Ce projet fut ensuite abandonné au profit de la Lys dans la région d'Armentières.

Aujourd'hui impropre à la navigation des péniches, le site du canal a été rendu à la nature. Par contre le chemin de halage a été aménagé pour les balades et les sportifs.

Historique du canal

Au cours du XVIIème siècle, Monsieur de Vauban émet l'idée d'une liaison fluviale entre la Deûle et l'Escaut.

1813 - Mr Roussel-Grimonprez, Maire de Roubaix dans une lettre adressée au capitaine du génie de Lille évoque le projet du canal qui permettrait l'alimentation en eau nécessaire aux usines ainsi que la réduction des frais de transport des marchandises et surtout du charbon.

1827 - Les travaux de creusement d'un canal commencent en France.

Le but : assurer le transport du charbon pour le fonctionnement des machines à vapeur des usines de Roubaix et Tourcoing.

1839 - 12 ans après le début des travaux une convention est signée entre la France et la Belgique pour la liaison fluviale avec la particularité suivante :

La partie Belge prend le nom de canal de l'Espierre
La partie Française celui de canal de Roubaix

1840 - Début du creusement du canal en Belgique

10 décembre 1843 - Inauguration du canal de l'Espierre et du canal de Roubaix
(limité à Roubaix-Croix car un canal souterrain était encore à réaliser à cet endroit)

1860 - Abandon du projet de passage souterrain du canal sous la montagne de Croix, la consistance du sol ne permettant pas, sauf à grands frais, la réalisation de cet ouvrage.
On décide par décret que la liaison entre les deux tronçons déjà livrés à la circulation prendra la forme d'un tronçon à ciel ouvert passant entre Roubaix et Tourcoing.
Dans ce nouveau projet, le futur canal devra franchir la "montagne" de Roubaix correspondant à un dénivelé d'une dizaine de mètres. D'où la mise en place de plusieurs écluses formant un escalier d'eau.

1er janvier 1877 - Après un demi-siècle de travaux et la modification du tracé du canal, la péniche "La Décidée" chargée de houille effectue la première liaison Escaut-La Deûle. Le gabarit du canal de 250 tonnes est réalisé.

1877 est également l'année de la découverte du bassin houiller du Pas-de-Calais.

En 1880, le gouvernement décide d'homogénéiser les caractéristiques du réseau français au gabarit Freycinet** correspondant au transit des spits*** flamands, circulant déjà sur les canaux du Nord de la France.

En 1881, la portion du canal en impasse faisant partie du tracé initial (prolongement du souterrain) mais réalisée dans la première moitié du siècle, est comblée pour être transformée en boulevard : le boulevard Gambetta.

1er janvier 1893 - Le bureau des douanes du Grimonpont ouvre ses portes pour le contrôle des péniches et recevoir les perceptions des droits de douane sur les marchandises.
Il est installé sur le territoire de la commune de Leers face au "Pont Coulon****"
Il dépend de la brigade de Wattrelos et non de Leers (le pont de Grimonpont est sur l'Espierre)

1901 - La Société Chimique Roubaisienne s'installe au bord du canal, (c'est l'ancêtre de Kuhlmann) Production entre autres d'acide sulfurique et chlorydrique à destination des industries de Roubaix-Tourcoing et environs.
L'usine Kuhlmann fait décharger du phosphate en provenance du Maroc.

28 décembre 1912 - La brigade du Grimonpont sollicite le Maire de la ville de Wattrelos (à l'époque Henri Briffaut) pour obtenir une petite faveur pécuniaire en vue d'installer des cabanes-abris (les aubettes)

17 octobre 1918 : A 18 heures les soldats allemands font sauter le pont.
Les bureaux de douane sont endommagés et les pavés de la chaussée sont projetés dans un rayon de 800 mètres.
Le canal est à sec dès le lendemain, les écluses de Leers-Nord ont été détruites.

Entre 1920 et 1940 le passage des péniches était de l'ordre de 30 à 40 par jour.

Après la guerre, importante reprise de la navigation. La reconstruction et le développement de nombreuses usines textiles ou chimiques au bord du canal relancent l'activité fluviale.
Les péniches transportent la matière première de ces entreprises et le charbon nécessaire à leurs besoins énergétiques.

Entre fin 70 et le début des années 1980, le trafic fluvial subit une baisse régulière due à la concurrence du trafic routier.

1971 : L'aubette des douaniers située à l'opposé du bureau de douane est transférée au service des voies navigables.

Entre 1973 et 1976 il fut projeté par la CUDL de construire un canal à grand gabarit. Ce projet fut abandonné au profit de la Lys dans la région d'Armentières.

27 février 1975 : Le receveur des douanes, Henri Fougnies (Leersois) fait la dernière déclaration à l'importation du bureau des douanes fluviales du Grimonpont.

1983 : L'usine Kuhlmann ferme définitivement ses portes. Les péniches cessent les rotations de déchargement.

5 juillet 1985 : Une péniche Hollandaise en empruntant l'écluse de Leers-Nord sera immobilisée. Son hélice est bloquée dans les spires d'un matelas.
Ce fut la dernière à vouloir se rendre au Grimonpont, elle transportait du sel.

(**) Le gabarit Freycinet est une norme régissant la dimension des écluses de certains canaux. Mise en place par une loi du programme de Charles de Freycinet, elle portait la longueur des sas d'écluse à 39 m pour 5,20 m de large afin qu'elles soient franchissables par des péniches de 300 à 350 tonnes.

(***) Spits : bateau de charge d'origine flamande qui n'est autre que la "péniche Flamande". Vient du flamand "spits" : pointu, qui laisse à penser qu'à l'origine, ce bateau avait des formes plus effilées que celles que nous lui connaissons aujourd'hui.

(****) Datant de 1843, le pont du Grimonpont s'appelait également "Pont Coulon"